Adaptant un classique de la littérature pour la jeunesse, Spielberg ressuscite l'épopée allégorique à l'ancienne avec un gros défaut de pertinence, mais un savoir-faire de conteur d'une efficacité redoutable !
C'est pour un animal de trait que Ted Narascott se rend à la vente de chevaux de son village. Mais c'est par bravade, pour tenir tête à son arrogant propriétaire, qu'il tient les enchères bien au-delà de ses moyens, s'offrant un jeune cheval magnifique, mais incapable de tirer une charrue. Le seul à s'emballer pour cet achat inconsidéré est son fils Albert. Sous le charme de cet animal fougueux, il s'engage à le dresser et à labourer avec lui le champ qui seul peut les sauver de l'expropriation. Un défi impossible que le garçon et le cheval vont pourtant relever aux yeux de tout le village. La complicité qui s'installe entre le garçon et le cheval est exceptionnelle. C'est donc la mort dans l'âme que Narascott doit vendre Joey. L'acheteur est un jeune officier de cavalerie en partance pour le front de cette première guerre mondiale annoncée sous les hourras. Joey entame avec le jeune militaire un long voyage à traver une Europe plongée dans la guerre. Une épopée dans laquelle Albert se lancera bientôt à son tour, tenaillé par l'impossible espoir de retrouver Joey…Cheval de guerre est déjà un classique. C'est au travers de l'expérience d'un cheval que Michael Morpurgo avait su aborder l'horreur de la guerre pour le jeune public. Ce bouquin formidable, consacrant le lien privilégié entre les hommes et les chevaux, fut adapté au théâtre avec succès. Et c'est grâce à cette pièce, jouée avec d'étonnantes marionnettes géantes pour incarner les chevaux, que la productrice Kathleen Kennedy puis sur son conseil Steven Spielberg décidèrent d'adapter au cinéma le livre de Morpurgo. Un classique qui alignait les défis, même pour maître Spielberg. Le papa de E.T. parvient avec une aisance confondante à donner une vraie présence à Joey par ses simples regards, et respecte méticuleusement le fond de l'œuvre de Morpurgo : Cheval de guerre est une ode d'amour au compagnon animal et dénonce la guerre dans toute sa démesure. Un film qui parle de la guerre, mais pas un film de guerre. Car si le conflit mondial constitue le cadre de l'aventure, ce sont bien les personnages qui ont la vedette, tous sortis de l'anonymat par le trait d'union salvateur qu'est Joey. Si le livre était raconté par Joey lui-même, le film adapte le fil des évènements avec habileté, parvenant à lier de façon cohérente les nombreuses histoires entre elles. Et en dépit du fait, pas mal agaçant, que tout le monde parle la même langue… Le but premier est quoi qu'il en soit atteint : démontrer que la guerre repose plus sur des victimes que des héros. Et comme l'histoire se construit au fil des rencontres de Joey, abandonnant les uns après les autres des personnages attachants, Cheval de guerre reprend le souffle de l'épopée.
Certains de ces personnages balayés par la guerre sont au cœur des séquences les plus réussies, qu'il s'agisse de l'histoire des deux jeunes frères allemands, de la fin de la cavalerie traditionnelle face à la guerre moderne, ou de la spectaculaire évocation de l'installation de l'artillerie par ces attelages sacrifiés. Un sens de l'épopée Hollywoodienne que Spielberg assume totalement : portraits allégoriques sur fond de coucher de soleil, plans larges fendant les foules rassemblées, cartes postales d'une campagne trop idyllique avant le chaos… La quête du beau sentiment flirte avec le sentimentalisme et si l'on échappe de peu à la mièvrerie, la candeur est parfois à la limite de la maladresse. À l'exemple de la trêve surréaliste au cœur des tranchées, faits avérés et racontés par d'autres avec plus de soin (Joyeux Noël de Christian Carion). Mais à chaque fois que le film se trouve à la limite du roman de gare, le savoir-faire de Spielberg parvient à nous charmer pour nous entraîner à l'étape suivante. Les ficelles de cette énorme machine à image sont parfois bien grosses, les personnages trop lisses et les situations sont évoquées avec une économie de pertinence un peu encombrante. Mais le fait est indéniable : on en sort rassasié de grandes émotions et de belles images. Pour la conviction d'un beau casting, le formidable travail du dresseur Bobby Lovgren, les décors superbes de Rick Carter, et la patte de monsieur Spielberg, est en dépit de ses nombreux défauts à déguster sur très, très grand écran…
Frédéric Lelièvre
Images
L'avis de CpourlesAdos.com

C'est peut-être un peu simpliste, mais les images sont belles, les chevaux "jouent" encore mieux que les humains et on se laisse emporter par le souffle épique d'une épopée agréable. Pas le meilleur Spielberg, mais un beau film quand même ! Amélie, 14 ans
INFOS :
Drame
Réalisé par Steven Spielberg
Avec Jeremy Irvine, Peter Mullan, Niels Arestrup, David Thewlis…
Durée : 2h27




















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